Je suis au top dans ce Psikopat spécial chirurgie esthétique. Je ne sais pas si je pourrais faire mieux. Achetez-le.
Inédit :
L’esthétique, c’est vital
Le père d’Alphonsine a été quitté par sa femme en raison du strabisme globuleux hérité de son attaque cérébrale. Bien qu’accablée par d’irréfragables soupçons d’infidélité, le juge a tranché le divorce en faveur de madame, estimant que la justice devait la délivrer d’un partenaire aussi disgracieux. Refusant toute remise en cause au point de s’abstenir de porter ses lunettes de contention, je vous laisse imaginer l’accueil qu’il a réservé à l’infirmière de l’école venue lui expliquer que sa fille avait besoin de se faire refaire le nez.
« Je ne céderai jamais aux pressions sociales ! s’arc-bouta-t-il, persuadé qu’il s’agissait d’un complot de l’éducation nationale, dont il connaissait trop le concubinage avec la société de consommation. Tant mieux si Alphonsine a un physique différent de vos jeunes robots en fleurs, foutez-moi le camp ! » Il abhorrait la chirurgie esthétique et ne prit la peine d’écouter aucun des arguments de l’infirmière dévouée.
L’opération indispensable à sa fille n’avait pourtant d’esthétique que le nom. La pauvre enfant souffrait d’un syndrome qui frappe exclusivement les bouledogues du nord de L’Ecosse : un nez si férocement épaté que les narines sont comme des chas d’aiguilles. Ce zoomorphisme, renforcé par la nécessité de respirer par la bouche en montant un escalier, est cependant réversible. Deux fines incisions redresseraient la cloison nasale et permettraient à Alphonsine de s’oxygéner convenablement. Hélas, mineure et privée du consentement paternel, son fichu blair allait rester en l’état.
C’était sans compter sur un formidable élan de générosité, comme seule sait en brasser une ONG quand elle est alertée par une infirmière scolaire. Alphonsine annonça à son père un départ en classe verte, alors qu’elle s’envola concrétiser son sauvetage nasal dans une clinique au Maghreb. Durant l’anesthésie, elle se rêva avec un museau effilé à la Véronique Sanson, mais revint à elle contente de simplement pouvoir inspirer comme vous et moi, forte d’un nez discrètement rehaussé.
Pour une villégiature en Sologne, le pater familias la trouva bien bronzée à son retour. Il la piégea en lui demandant si elle s’était régalée de calissons, qui comme chacun sait, sont une spécialité du Pays d’Aix.
- Oh oui papa, jusqu’à l’indigestion.
- Menteuse ! D’ailleurs ton nez s’est allongé !
Sentant qu’à tout moments un bourre-pif pouvait annihiler les bienfaits de l’opération, elle eut cet éclair de répartie :
- Mon doux père, ce doit être ton strabisme qui déforme tes appréciations.







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